Définir et piloter la trajectoire carbone de son entreprise

Bouvier Alexia
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Points clés à retenir

La trajectoire carbone transforme la contrainte climatique en outil de pilotage stratégique. Distincte de la stratégie bas-carbone qui fixe la vision, elle traduit les ambitions en objectifs quantifiés année par année avec des jalons mesurables et des investissements planifiés. Trois méthodologies structurent le paysage français : SBTi pour la rigueur scientifique, ACT pour l'accompagnement pragmatique des PME-ETI, et Net Zero Initiative pour l'approche systémique en trois piliers. La méthode Bilan Carbone® opérationnalise la démarche en 5 étapes. L'urgence climatique rencontre l'opportunité économique : avec seulement -1,8% de baisse des émissions en 2024 contre -55% nécessaires d'ici 2030, les entreprises qui agissent maintenant transforment leur trajectoire carbone en avantage concurrentiel durable.

Face à l'urgence climatique et aux nouvelles réglementations, définir une trajectoire carbone devient un impératif stratégique pour toutes les entreprises françaises. Le Haut Conseil pour le Climat (HCC) alerte sur le ralentissement inquiétant de la décarbonation française et fait un « appel au sursaut collectif » : après une baisse encourageante de -5,8% des émissions entre 2022 et 2023, le rythme s'est effondré à seulement -1,8% en 2024, bien loin de la trajectoire nécessaire pour atteindre -55% d'ici 2030. Les entreprises qui sauront transformer cette contrainte en opportunité de création de valeur prendront un avantage concurrentiel durable, avec des retours sur investissement désormais inférieurs à 5 ans selon l'étude PwC France grâce à la convergence des prix de l'énergie, du carbone et des soutiens publics massifs.

Qu’est-ce qu’une trajectoire carbone ? 

Une trajectoire carbone représente "un plan ou scénario qui décrit les prévisions de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) liées aux activités" selon la définition couramment utilisée dans le secteur (HelloCarbo, 2024). L'ADEME parle plus spécifiquement de "trajectoire de décarbonation" qui intègre l'évolution prévue des émissions de GES d'une entreprise et les investissements nécessaires (contributions à des projets de séquestration carbone) sur un horizon de 5 à 30 ans. 

Cette feuille de route quantifiée permet aux organisations d'aligner leur stratégie sur les objectifs de l'Accord de Paris et de la Stratégie Nationale Bas-Carbone (SNBC), qui vise la neutralité carbone française en 2050. 

Pour comprendre concrètement ce qu'est une trajectoire carbone, imaginez la comptabilité de votre entreprise : vos émissions de CO2 correspondent à vos dépenses (sorties), vos actions de réduction d'empreinte carbone à vos économies. Contrairement à une vision comptable classique, les contributions aux puits de carbone ne constituent pas des "investissements compensatoires" qui annuleraient magiquement vos émissions.

L'objectif prioritaire est de réduire drastiquement ses émissions directes - c'est le cœur de la trajectoire carbone. Les contributions (séquestration, financement de projets carbone) représentent un complément nécessaire mais secondaire, qui participe à l'effort collectif de neutralité climatique sans pour autant "effacer" l'empreinte de votre entreprise.

Trajectoire carbone vs stratégie bas-carbone : deux outils complémentaires

Il est essentiel de distinguer ces deux concepts souvent confondus. La stratégie bas-carbone constitue la vision globale et les orientations stratégiques de l'entreprise pour réduire son impact climatique. Elle définit le "quoi" et le "pourquoi" : les ambitions, les principes directeurs, les domaines d'action prioritaires et l'approche générale de décarbonation. C'est le cadre stratégique qui guide toutes les décisions de l'entreprise en matière climatique.

La trajectoire carbone, quant à elle, représente la traduction opérationnelle et chiffrée de cette stratégie. Elle définit le "comment" et le "quand" : les objectifs quantifiés année par année, les jalons intermédiaires, les investissements planifiés et les indicateurs de suivi. C'est l'outil de pilotage qui permet de passer de l'ambition à l'action concrète.

Pour illustrer cette complémentarité, prenons l'exemple d'une ETI industrielle : sa stratégie bas-carbone pourrait viser l'alignement sur l'Accord de Paris en priorisant l'électrification des procédés et l'économie circulaire. Sa trajectoire carbone traduirait cette vision en objectifs précis : -42% d'émissions d'ici 2030, avec -15% dès 2027 grâce à l'électrification de deux lignes de production (investissement de 2M€), puis -20% supplémentaires via la récupération de chaleur fatale (3M€ en 2028-2029).

Au-delà de la simple conformité réglementaire, une trajectoire carbone bien construite devient un outil de pilotage stratégique qui oriente les investissements, stimule l'innovation et renforce la compétitivité. Elle transforme une contrainte réglementaire abstraite en plan d'action concret et mesurable.

Pourquoi définir une trajectoire carbone devient incontournable ? 

Les entreprises qui tardent à définir leur trajectoire carbone s'exposent à des risques multiples et croissants

(1) Sur le plan réglementaire, les sanctions pour non-conformité au BEGES atteignent désormais 50 000€, tandis que l'exclusion des marchés publics et des subventions ADEME tend à s'intensifier. La taxe carbone reste fixée à 44,60€/tCO2 depuis 2019, mais les quotas gratuits du système européen d'échange (EU-ETS) seront supprimés progressivement entre 2026 et 2034 (Toute L’Europe, 2024). Selon une étude d'EcoAct, avec un prix du carbone projeté à 120€/tCO2 en 2030, l'impact financier pourrait s'élever à 8,5 milliards d'euros pour le secteur manufacturier européen, soit 4 fois plus qu'en 2022. 

(2) Sur le plan financier, les entreprises sans trajectoire climat claire subissent des pénalités croissantes. Les entreprises ayant obtenu de mauvais résultats en matière de critères ESG constatent un coût du capital plus élevé et une volatilité accrue, car les investisseurs les perçoivent comme plus exposées aux risques de transition énergétique (durcissement réglementaire, hausse du prix du carbone) et aux risques physiques liés au changement climatique. Cette prime de risque se matérialise par des taux d'intérêt majorés (souvent ±10–50 bps) selon les secteurs et l'exposition climatique. Les banques conditionnent désormais leurs financements à l'existence de plans de décarbonation crédibles : sans trajectoire carbone formalisée, les entreprises peuvent se voire privées des taux préférentiels et des conditions avantageuses réservées aux acteurs engagés dans la transition.

Du côté assurantiel, 37% des dirigeants de PME et ETI craignent de ne plus pouvoir souscrire à des contrats d'assurance à l'avenir selon l'étude Bpifrance Le Lab de décembre 2024. Les primes d'assurance professionnelle ont augmenté de 7% en 2024, avec des hausses particulièrement marquées pour les entreprises situées dans des zones à risque climatique ou opérant dans des secteurs exposés, sans plan d'adaptation formalisé.

À l'inverse, les entreprises dotées d'une trajectoire carbone accèdent à des financements avantageux : le Prêt Vert de Bpifrance propose des montants de 50 000€ à 5 millions d'euros sur 2 à 10 ans, et la bonification des prêts à impact peut aller jusqu'à 10% pour celles atteignant leurs objectifs ESG, et le Fonds vert a mobilisé 3,6 milliards d'euros en 2023-2024. Les banques proposent systématiquement des conditions préférentielles (-0,5 à -1% sur les taux) aux entreprises engagées dans des trajectoires SBTi ou équivalentes, transformant ainsi la contrainte climatique en avantage compétitif sur l'accès au capital.

(3) Les opportunités commerciales deviennent tout aussi déterminantes. Sur le marché B2C, les attentes des consommateurs se sont radicalisées : 86% des Français estiment que les marques doivent apporter des solutions aux enjeux environnementaux et sociétaux, 90% attendent un engagement environnemental concret, et 97% se déclarent prêts à boycotter les entreprises non responsables. Cette pression consumériste se retrouve également dans les relations B2B, où les critères carbone s'imposent progressivement comme éliminatoires dans les appels d'offres. L'engagement massif des entreprises témoigne de cette transformation : en 2023, plus de 23 000 organisations ont participé au CDP, soit une hausse de 24% en un an. Les entreprises dotées d'une trajectoire carbone validée remportent significativement plus de contrats que leurs concurrents, transformant ainsi leur engagement climatique en avantage commercial décisif.

(4) L'avantage concurrentiel se matérialise rapidement sur plusieurs fronts. Les entreprises dotées d'une trajectoire carbone structurée gagnent en efficacité opérationnelle : selon le baromètre Carbo 2024, 63% des entreprises engagées ont déjà commencé à réduire leur intensité carbone, avec des gains de productivité liés à l'optimisation des process et à la réduction des gaspillages. Sur le plan RH, l'engagement climatique transforme la marque employeur : 82% des collaborateurs dont l'entreprise a une fonction RSE identifiée s'y voient encore travailler dans 3 ans, contre 68% dans le cas contraire (Le Cahier de Tendances 2023, Parlons RH). Cette attractivité renforcée facilite le recrutement des talents, particulièrement cruciaux dans les secteurs en tension comme l'aéronautique, le BTP ou l'agroalimentaire, où la décarbonation devient un critère de différenciation. Les entreprises pionnières développent également de nouvelles compétences stratégiques : maîtrise des technologies bas-carbone, capacité d'innovation sous contrainte, agilité face aux évolutions réglementaires. Cette expertise leur permet de remporter des appels d'offres sur des marchés émergents comme la rénovation énergétique (17 millions de logements à rénover en 2023), les infrastructures vertes ou les solutions de décarbonation industrielle, soutenus par les 4,5 milliards d'euros de France 2030 dédiés à la décarbonation.

(5) La création de valeur à long terme justifie pleinement l'investissement dans une trajectoire carbone. Les marchés financiers valorisent désormais les entreprises engagées dans la transition : une analyse de l'indice boursier mondial MSCI ACWI (qui regroupe les plus grandes entreprises cotées) a révélé qu'en 2020, les portefeuilles excluant les sociétés mal notées sur les critères ESG ont surperformé de 3,71% par rapport aux portefeuilles classiques. Concrètement, 100€ investis dans des entreprises responsables auraient rapporté 103,71€ contre 100€ pour un investissement traditionnel. Cette surperformance s'explique par plusieurs facteurs : les entreprises dotées de trajectoires carbone solides anticipent mieux les réglementations, maîtrisent leurs coûts énergétiques, attirent les meilleurs talents et développent des innovations qui deviennent des relais de croissance. La résilience opérationnelle face aux chocs énergétiques et climatiques protège également leurs marges. L'innovation induite par la contrainte carbone génère de nouveaux business models, permettant aux entreprises pionnières de développer des offres bas-carbone qui représentent une part croissante de leur chiffre d'affaires et captent les nouveaux marchés de la transition.

Les entreprises françaises montrent un engagement croissant mais inégal : en 2023, 88% des sociétés du CAC40 ont défini ou s'engagent à définir des objectifs Science Based Targets initiative (SBTi) selon le Pacte mondial de l’ONU, le taux le plus élevé au monde. 

Parmi les champions, Schneider Electric vise le Net-Zero en 2050 et a été reconnu “comme l'entreprise la plus durable au monde en 2024” par TIME et Statista. L'entreprise a déjà réduit ses émissions de Scope 1 et 2 de 59% entre 2017 et 2020, et vise à réduire de 50 % l'empreinte carbone opérationnelle de ses 1 000 principaux fournisseurs . Legrand a obtenu la validation SBTi de sa trajectoire Net-Zero avec une réduction de 90% de ses émissions d'ici 2050. Saint-Gobain investit 100 millions d'euros par an jusqu'en 2030 dans sa stratégie de décarbonation.

Les PME et ETI, qui représentent 30% de l'empreinte carbone française, commencent leur transition bas carbone : selon l’étude menée par BPI France Le Lab (« DÉCARBONER LES PME & ETI FRANÇAISES DES PETITS PAS AUX VIRAGES STRATÉGIQUES  » réalisée auprès de 405 dirigeants à travers 56 questions, en 2023), 35% ont déjà évalué leurs émissions sans obligation légale, et 67% des dirigeants se déclarent attentifs aux enjeux environnementaux, contre seulement 31% en 2020.

Trois méthodologies principales structurent le paysage français de la décarbonation

Le choix de la méthodologie détermine largement le succès d'une trajectoire carbone. Trois approches principales dominent le marché français : Science Based Targets initiative (SBTi), ACT (Assessing low Carbon Transition) et Net Zero Initiative.

Ces méthodologies ne sont pas des outils opérationnels mais des cadres de validation qui certifient l'alignement scientifique et la crédibilité des trajectoires carbone. Elles fonctionnent comme des référentiels de certification qui garantissent que les objectifs fixés par l'entreprise sont cohérents avec les impératifs climatiques et reconnus par la communauté internationale.

🎯 Rôle des méthodologies :

  • Valider la robustesse scientifique des objectifs
  • Certifier l'alignement avec l'Accord de Paris
  • Apporter une reconnaissance externe crédible
  • Structurer l'ambition selon des standards reconnus

Chaque méthodologie propose son propre prisme d'évaluation : SBTi pour la rigueur scientifique internationale, ACT pour l'approche holistique française, et Net Zero Initiative pour la vision systémique. Le choix dépendra de la maturité de l'entreprise, de ses ambitions et de son écosystème d'affaires.

SBTi : le standard international de référence

SBTi, créée de manière concomitante à la signature des Accords de Paris en 2015 par le Carbone Disclosure Project (CDP), UN Global Compact (Pacte mondial des Nations Unies), World Resources Institute (WRI) et le Fonds mondial pour la nature (WWF), s'impose comme le standard international de référence avec plus de 6 000 entreprises engagées en 2024. 

La méthodologie exige une double ambition temporelle : des objectifs court terme (5-10 ans) couvrant 95% des Scopes 1-2 et long terme (2050) visant -90% d'émissions sur tous les scopes. Le Scope 3 devient obligatoire s'il dépasse 40% du total. Depuis 2023, seules les trajectoires 1,5°C sont acceptées.

SBTi propose quatre types d'objectifs : absolus (réduction indépendante de la croissance), d'intensité (par unité produite), d'engagement fournisseurs (pour le Scope 3 complexe) et énergies renouvelables (80-100% d'électricité verte). Le processus de validation rigoureux s'étend sur 6 à 24 mois avec des coûts variant selon les objectifs fixés et la taille de l'entreprise.

ACT : l'approche française holistique

La méthode Assessing low-Carbon Transition (ACT), développée par l'ADEME et le CDP en 2015, propose une approche française plus holistique particulièrement adaptée aux PME et ETI. Elle évalue la maturité climatique des entreprises à travers 5 questions fondamentales sur leur stratégie, leurs actions actuelles et leur cohérence globale. Le programme ACT Pas à Pas accompagne les entreprises sur 12 à 18 mois avec un soutien ADEME couvrant 40 à 80% des coûts selon la taille. Plus de 1 800 entreprises françaises ont déjà bénéficié de cette démarche ACT fin 2024. 

Net Zero Initiative : le référentiel français pour une neutralité collective

Net Zero Initiative, développée par Carbone 4 et initiée en juin 2018, propose un référentiel innovant qui dépasse la simple compensation carbone. Cette approche structure l'action climat autour de trois piliers complémentaires :

  • Réduire ses propres émissions (pilier A) : diminution directe de l'empreinte carbone de l'entreprise
  • Réduire les émissions des autres (pilier B) : commercialisation de produits et services bas-carbone qui permettent aux clients de réduire leurs émissions
  • Augmenter les puits de carbone (pilier C) : contribution au développement de la séquestration carbone

Cette méthodologie, particulièrement pertinente pour les entreprises françaises, permet d'articuler réduction d'empreinte carbone, contribution positive et séquestration dans une vision systémique de la décarbonation.

D'autres approches complètent ce panorama : la norme ISO 14064 qui offre un cadre méthodologique reconnu internationalement, et la méthode Bilan Carbone® de l'Association Bilan Carbone, référence historique en France.

Cinq étapes structurent la construction d'une trajectoire efficace

Après avoir défini sa stratégie bas-carbone (vision globale) et choisi sa méthodologie de référence (SBTi, ACT ou Net Zero Initiative), l'entreprise doit traduire ces ambitions en actions concrètes. C'est ici qu'intervient la méthode Bilan Carbone®, outil opérationnel français qui structure la mise en œuvre indépendamment du référentiel stratégique retenu.

Architecture de la démarché de décarbonation :

Démarche de décarbonationAmbitionsFocus opérationnel
Stratégie bas-carboneVision et ambitions"Où allons-nous ?"
Trajectoire carboneObjectifs chiffrés"Comment y arriver ?"
Méthodologie (SBTi/ACT/NZI)Cadre de validation"Selon quels standards ?"
Méthode Bilan Carbone®Outil de mise en œuvre"Avec quels outils ?"

🔧 Rôle de la méthode Bilan Carbone® :

  • Socle opérationnel commun : Compatible avec toutes les méthodologies stratégiques
  • Boîte à outils standardisée : Mesure, planification, suivi selon les normes françaises
  • Approche pragmatique : Du diagnostic à la validation, en passant par l'action

La construction d'une trajectoire carbone suit un processus structuré en 7 étapes, basé sur la méthode Bilan Carbone® Version 9 de l'Association pour la transition Bas Carbone et les recommandations de l'ADEME. Entrée en application le 1er janvier 2025, cette nouvelle version propose une démarche complète de transition bas carbone en 7 étapes, contre 5 précédemment, avec une approche modulable selon trois niveaux de maturité (Initial, Standard et Avancé) adaptés aux besoins et ressources des organisations.

Source : Bilan Carbone, Figure 0.2 : Les étapes d'un Bilan Carbone®

1. Le cadrage de la démarche

Cette première étape consiste à définir le niveau de maturité de l'organisation et la gouvernance du projet. L'entreprise doit évaluer ses capacités (financières, humaines, techniques) pour choisir le niveau approprié : Initial pour les débutants, Standard pour la majorité des organisations, ou Avancé pour les plus expérimentées. Cette phase cruciale permet de définir les objectifs et attentes de la démarche, en cohérence avec les moyens disponibles et les ambitions climatiques de l'organisation.

2. La définition des périmètres

L'entreprise doit déterminer les périmètres temporel, organisationnel et opérationnel, ainsi que réaliser une cartographie des flux. Cette étape essentielle consiste à délimiter précisément le champ d'analyse : quels sites, installations et activités inclure, quelle période analyser, et comment identifier toutes les émissions directes et indirectes (scopes 1, 2 et 3). L'enjeu est de s'assurer d'une comptabilisation exhaustive et transparente de l'empreinte carbone de l'organisation.

3. La mobilisation des parties prenantes

Nouvelle étape majeure de la version 9, la mobilisation remplace la simple sensibilisation avec l'ambition de mettre en action, en mouvement et en transition les organisations. Cette phase implique de responsabiliser, co-construire, sensibiliser et communiquer auprès de toutes les parties prenantes internes et externes. L'objectif est de créer une dynamique collective dès le lancement du projet, en embarquant l'ensemble des acteurs dans la démarche de transition bas carbone.

4. La comptabilisation des émissions

Cette étape comprend la collecte de données, l'application des facteurs d'émissions, l'estimation des incertitudes et l'analyse des données. L'entreprise doit radiographier l'ensemble de ses émissions, des sources directes aux émissions indirectes, en mobilisant ses équipes pour collecter des données souvent dispersées. La version 9 propose une estimation des incertitudes affinée pour une meilleure action, avec une évaluation poste par poste plutôt qu'une incertitude globale.

5. La construction du plan de transition

L'organisation élabore son plan d'actions, définit ses objectifs de réduction, met en place des indicateurs et dessine sa trajectoire. Cette phase collaborative mobilise tous les métiers pour co-construire des solutions adaptées selon leur impact carbone, leur coût et leur faisabilité. Le défi consiste à combiner des "quick wins" motivants et des transformations structurelles de long terme, en alignant les ambitions climatiques avec les impératifs scientifiques de l'Accord de Paris.

6. La restitution et l'amélioration continue

Cette étape comprend la préparation des livrables, la publication des résultats et la mise en place d'une amélioration continue. Le pilotage de la trajectoire carbone devient un processus continu intégré dans la gouvernance de l'entreprise, avec des indicateurs de performance carbone, des revues régulières et des ajustements en fonction des résultats. L'organisation doit créer une culture de la mesure et valoriser les succès pour maintenir l'engagement dans la durée.

7. L'évaluation externe (facultative et volontaire)

Nouvelle étape facultative de la version 9, cette évaluation par un tiers indépendant vise à vérifier la bonne exécution de la méthodologie et confirmer le niveau de maturité de l'organisation. Cette validation externe apporte une reconnaissance et une crédibilité renforcée auprès des parties prenantes, permettant de transformer cette démarche de vérification en avantage concurrentiel sur les marchés.

Le Bilan Carbone® s'affirme ainsi comme une véritable démarche complète dépassant la simple méthode de comptabilité carbone, dans laquelle la planification de l'action est renforcée selon le principe fondamental de "compter pour agir".

Conclusion

La trajectoire carbone n'est plus une option mais un impératif stratégique qui déterminera les gagnants et perdants de la prochaine décennie. Face à l'urgence climatique soulignée par le Haut Conseil pour le Climat et au ralentissement préoccupant de la décarbonation française, les entreprises doivent transformer cette contrainte apparente en levier de création de valeur.

Avec des retours sur investissement désormais inférieurs à 5 ans et des financements couvrant jusqu'à 80% des coûts, l'équation économique devient favorable. Les entreprises pionnières accèdent déjà à des conditions de financement préférentielles, remportent davantage d'appels d'offres et attirent les meilleurs talents, démontrant que performance climatique et performance économique sont désormais indissociables.

Le succès repose sur une approche méthodique : partir d'une vision stratégique claire, choisir la méthodologie adaptée à sa maturité (SBTi pour l'ambition internationale, ACT pour le pragmatisme français, Net Zero Initiative pour une vision systémique), puis déployer rigoureusement les 5 étapes de la méthode Bilan Carbone®. Cette transformation dépasse le simple exercice de conformité pour devenir un projet d'entreprise mobilisateur, créateur de valeur et porteur d'innovation.

Dans un contexte où 97% des consommateurs se déclarent prêts à boycotter les entreprises non responsables et où les investisseurs valorisent significativement mieux les entreprises engagées, la trajectoire carbone devient le nouveau permis d'opérer. Chaque mois compte : les entreprises qui agissent maintenant transformeront la décarbonation en avantage concurrentiel durable, tandis que les retardataires subiront des coûts exponentiels et une marginalisation progressive sur leurs marchés.

Sources

Haut Conseil pour le Climat - Rapport annuel 2025 : https://reporterre.net/La-politique-climatique-de-la-France-dans-le-rouge-alerte-le-Haut-Conseil-pour-le-climat

ADEME - Stratégie bas carbone entreprises : https://agirpourlatransition.ademe.fr/entreprises/strategie-adaptation/strategie-bas-carbone

Carbone 4 - Net Zero Initiative : https://www.carbone4.com/publication-referentiel-nzi

Ministère de la Transition écologique - SNBC : https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/strategie-nationale-bas-carbone-snbc

ADEME - Base Empreinte : https://base-empreinte.ademe.fr/

Touteleurope - Marché du carbone européen : https://www.touteleurope.eu/environnement/environnement-comment-fonctionne-le-marche-du-carbone-europeen/